Nouvelles

Thu, 13 August 2009

Chers membres de la famille YPR et chers amis,

 Je vous informe avec une profonde tristesse que Sergio Regazzoni nous a quittés pour toujours le jeudi 30 juillet 2009 à 23h00 heure française.

 Pour ceux qui ne connaissent pas Sergio, j’aimerais révéler un peu les relations entre Sergio, la YPR (Fondation de l’habitat populaire) et moi-même.

 J’ai connu le nom de Sergio au début des année 80 quand je travaillais avec le Père Mangun dans le développement communautaire au bord de rivière Code (à prononcer Tchodé) à Yogyakarta. A cette époque, Sergio était le Chargé de missions du CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement) pour l’Asie-Pacifique et il m’a offert (par le biais de Bang Arif Budiman qui avait été informé par Bang Kusni alias Bang Emil) une bourse d’études en France. C’était pourquoi j’ai pris un cours de français à partir de 1986 à l’Association franco-indonésienne de Yogyakarta. Ce n’est qu’en 1987, lorsque j’ai fait mes études à l’IHS (Institute for Housing Studies) Rotterdam, que je suis passé à Paris pour rencontrer Sergio pour la première fois au CCFD. Je me rappelle bien de ma première impression de lui : grand, beau, net, soigné, gentil, jovial, poli et plein d’humour (il avait entre quarante et cinquante ans). Cette première rencontre a été suivie par des correspondances et d’autres rencontres en Indonésie ou en Europe. C’était le début de la relation entre le CCFD et la YPR à travers moi-même, grâce à Bang Kusni et Bang Arif. L’année suivante, lors que je suis retourné en Indonésie, Sergio est venu visiter le centre de YPR à Condongcatur, Yogyakarta, un bâtiment sur pilotis comme les maisons traditionnelles en Asie du Sud-est, dont la construction n’avait pas encore été terminée. Il a été impressionné par le bâtiment et m’a offert un soutien financier pour terminer la construction. Evidemment, j’ai accepté son offre avec plaisir. C’était le premier soutien financier du CCFD à la YPR. Le soutien suivant du CCFD à la YPR était une bourse pour mes études en France que je recevais à partir de 1989. En 1995, je n’avais pas encore fini mes études, mais j’ai trouvé un travail d’enseignement à l’Université du Havre. J’ai décidé donc de ne plus recevoir une bourse du CCFD tout en continuant de collaborer avec le CCFD.

Dans la même période, le mandat de Sergio au CCFD arrivait à son terme. Il a été remplacé par Lidia Miani. C’était aussi la période de « tiarap » (corps allongé à plat-ventre, visage vers le bas, position sûre sous les tirs des armes à feu) pour la YPR due au régime répressif de Soeharto et au fait que j’étais en France. Malgré cela, la relation entre le CCFD et la YPR continuait. Pendant la période de transition (de Sergio à Lidia), Sergio a fait un tour de visites aux partenaires du CCFD en Asie, y compris la YPR, pour faire connaître Lidia. La rencontre avec la YPR eut lieu dans la belle maison sur pilotis de Pak Eko Prawoto (chargé d’affaires de YPR pendant mon absence) avec la présence du Père Mangun, des bénévoles du développement communautaire au bord de rivière Code et de l’équipe de YPR.

Quelques années plus tard, après la chute de Soeharto en 1998, la YPR s’est redressée et a commencé à bouger, grâce à l’initiative de Mbak Endah Rahardjo, et elle a reçu des fonds du CCFD pour un projet de petite entreprise d’élevage de ver de terre. Les activités suivantes ont été connues par toute l’équipe de YPR, notamment « Le développement urbain participatif basé sur les kampongs » accompagné des publications des périodiques Warta Kampung (Nouvelles de kampongs), Exploring Yogya, le livre Menuju Kampung Pemerdekaan (Vers un kampong de libération), The Altruism of Romo Mangun, suivi par une recherche-action participative à travers les programmes d’Apprentissage aux kampongs, de Bibliothèques de kampong, etc. etc. jusqu’à présent.

Après avoir quitté le CCFD, Sergio dirigeait le Centre Lebret, un réseau international d’individus et d’organisations travaillant sur les questions sociales et de solidarité inspirés par la foi et par l’esprit du Père  Louis-Joseph Lebret, théoricien et praticien précurseur du « développement humain ». Grâce à Sergio, je fais partie aussi de cette association (devenue « Développement et Civilisations - Lebret-Irfed ») jusqu’à présent. En 2000, Sergio est revenu à Yogyakarta pour participer à un atelier sur SPIRITUALITE ET GLOBALISATION initié par le Centre Lebret et accueilli par le FPUB (Forum des communautés de foi) Yogyakarta. Sergio est resté pendant quelques jours avec tous les participants dans le centre d’ateliers de PUSKAT dans une banlieue nord de Yogyakarta. L’équipe de YPR était active dans l’événement et eut l’occasion de connaître Sergio de près. Imprévisiblement, c’était le dernier voyage de Sergio en Indonésie.

En 2004 Sergio a été hospitalisé pour une septicémie et mis dans un long coma artificiel (plus de dix jours) pour sa guérison. Depuis, sa santé a connu des hauts et des bas. Il y a quelques mois, on a découvert qu’il avait un cancer au rein. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises dans un hôpital spécialisé en cancérologie, en banlieue sud de Paris. Je suis allé lui rendre visite. Nous étions ensemble dans sa chambre pour fêter l’anniversaire de Denise (son épouse). En plus de Sergio, de Denise et de moi-même, il y avait Lidia, Sally (personnel du Centre Lebret et amie de Sergio), Nicoletta (une des deux filles de Sergio et de Denise) et une amie proche de la famille. Sergio a paru très heureux, ri et plaisanté comme d’habitude, était plein d’optimisme pour son rétablissement. Il souhaitait que je vienne passer un bon moment chez lui à Evry quand il sera de retour à la maison. Evidemment, j’étais d’accord - et avec plaisir ! - puisque c’était notre ancien souhait commun. Environ d’une semaine plus tard, j’ai été informé que son état de santé se dégradait. Je l’ai appelé au téléphone et ai senti la tristesse dans sa voix. Quelques jours plus tard, il était amené chez lui pour son traitement quotidien, avant d’envisager une intervention chirurgicale. Il a commencé aussi à communiquer par e-mail. Cela a été un soulagement.

Il y a deux jours, j’ai appris que sa santé déclinait et Lidia m’a demandé de contacter Mbak Ita Nadia pour lui demander des renseignements sur les thérapies alternatives en rapport avec ses propres expériences du cancer grave. J’ai téléphoné tout de suite à Sergio. D’abord sur son téléphone fixe. Personne n’a pris l’appel. J’ai laissé un message dans son répondeur. Sur son téléphone portable ensuite. Personne non plus. Je n’ai pu que laisser un message lui disant mon soutien moral et que j’étais prêt à aller lui rendre visite chez lui.

J’ai contacté Mbak Ita par la suite. Seulement deux jours plus tard j’ai eu sa réponse (elle était en voyage dans des villages où il n’y avait pas de connexion internet). Elle m’a donné des renseignements sur les médecins qui avaient aidé à sa guérison et sur les thérapies alternatives qu’elle avait suivies. J’ai passé les éléments essentiels des renseignements à Sergio par e-mail avec une copie au Centre Lebret et à Sally. C’était le vendredi 31 juillet 2009 à 17h49 heure française. Environ d’une heure plus tard, à 18h35 exactement, j’ai reçu un e-mail de Sally me disant que Sergio était décédé le jeudi 30 juillet 2009 à 23h00 heure française. Cela signifie qu’au moment où j’ai envoyé un e-mail à Sergio, il n’était plus là.

En dehors de sa relation avec la YPR, je pense que Sergio est une figure internationale méconnue. Il était actif dans des mouvements sociaux et de solidarité depuis son jeune âge. Il a parcouru le monde entier, notamment les pays en développement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine (y compris des pays sous les régimes autoritaires ou totalitaires comme la Chine, la Corée du Nord, Myanmar, le Vietnam,…) pour bâtir et maintenir des relations avec des figures locales de mouvements sociaux, y compris des figures qui étaient bannies ou souterraines. Son réseau social était si fort et si vaste qu’il y a un terme connu parmi les amis de Sergio : “Réseau Sergio”. Cependant, en dehors de son réseau social, Sergio était presque inconnu du public. La raison fondamentale en est, à mon avis, que Sergio était plein de modestie ; il ne voulait pas être remarqué, célèbre ou connu par la société. Il apparaissait rarement devant le public. Il maîtrisait diverses langues (italien, français, allemand, anglais, portugais, espagnol,…) et lisait beaucoup de livres, mais il n’écrivait pas de livres ou d’articles à publier. Il partageait ses idées, réflexions, pensées et connaissances de façon personnelle et informelle avec des personnes clefs des mouvements sociaux. Il était à la fois un scout, un ami, un parrain et un médiateur des cadres de mouvements sociaux et des figures persécutées, un faiseur de paix au milieu des conflits politiques, un « travailleur silencieux » qui bâtissait, sans bruit, un réseau social de figures clefs de divers nations et pays. 

Maintenant, notre grand frère Sergio nous a quittés pour toujours. Les plus proches personnes qu’il a quittées sont Denise (son épouse), leurs deux filles (Barbara et Nicoletta) et leurs deux petits enfants (fils et fille de Barbara). La cérémonie des obsèques aura lieu le vendredi 7 août, à 14h00 heure française, à l'Église Saint-Pierre Saint-Paul, à Evry, en banlieue de Paris.

Prions ensemble pour que son âme trouve un chemin fluide et une place paisible dans le monde éternel. Et pour que son épouse, ses filles, ses petits enfants et ses autres proches puissent accepter son départ avec sérénité, sincérité et solidité.

Avec profondes condoléances et solidarité,

Paris, le samedi 1er août 2009 tôt le matin

Darwis Khudori

Notes : Bang, Mbak et Pak sont des appellations honorifiques indonésiennes qui signifient Frère, Sœur et Monsieur.

 

 
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